Le journal de Robert et Georges
Auteur : Philippe Laperrouse

Chronique 10.
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Et si on faisait un blog, Georges ?
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Encore un ? Mais internet en est rempli, mon pauvre !
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Ben justement, puisque tout le monde donne son avis sur tout, je ne vois pas pourquoi je me dispenserais de donner le mien.
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Eh ben, va-z-y, Robert, ça ne pourra pas être pire que les autres !
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Je parlerai de l’écriture, de la lecture, de la vie…
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C’est vrai que monsieur écrit ! Si je comprends bien, ce sera le blog de Robert !
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Oui, je vais commencer par une question que tout le monde ne se pose pas : à quoi ça sert les livres ?
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Eh ben, on n’est pas sorti de l’auberge…
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D’abord, lire c’est un divertissement, c’est un peu comme aller au cinéma, sauf que là, on ne te met pas les images sous les yeux. Il faut faire l’effort de décrypter ce que l’auteur a voulu te dire.
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Un effort ? Moi ?
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Oui, pendant que tu fais un effort, tu ne penses pas à ton patron qui est toujours sur ton dos, tes gosses qui ne rangent pas leur chambre, ton banquier qui veut te voir… Bref, c’est ça un divertissement. Et ce n’est pas tout, Georges !
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Voilà qui promet !
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L’activité de l’écrivain, c’est une activité productrice d’imagination !
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Tu m’en diras tant : produire des choux-fleurs et des carottes, je vois ce que c’est, mais alors produire de l’imagination… ça me sidère.
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Tu ne t’es jamais dit : est-ce que je suis content de ma vie ? Est-ce que je n’aimerais pas avoir une autre vie ?
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Oui, là, tu as raison, Robert. Il y a des jours où je ferais volontiers mes valises pour m’installer sur une ile déserte…
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Eh bien, voilà… la littérature, les romans vont te montrer qu’il existe d’autres vies, peut-être celle dont tu rêves…
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Oui … mais non… j’ai déjà la télé qui me raconte des histoires.
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Elles sont moins intéressantes. Dans les romans, on te livre des histoires rien qu’à toi, quand tu veux, ou tu veux…
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D’accord, Robert, mais il faut faire un effort pour lire alors que j’en fais assez au boulot pour plaire au patron, à la maison pour partager les tâches du ménage …. Résultat des courses : je suis crevé.
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Georges ! Tu ne vois donc pas que le français dépérit, s’affaiblit, s’étiole. À part : « qu’est-ce qu’on bouffe », « y a quoi à la télé », « j’ai eu une journée de m… » qu’est-ce que tu dis durant tes journées : RIEN. Et je passe sur tes gamins qui marmonnent, bafouillent à toute vitesse, dans une langue qui t’est complètement étrangère… et encore …quand ils veulent bien t’adresser la parole ! Eh bien figure-toi que les livres sont les défenseurs de la langue française ! Celle qu’on utilise depuis plusieurs siècles pour se faire comprendre de Dunkerque à Perpignan !
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Bon d’accord, Robert ! Je suis convaincu, fait le ton blog !